enquête iconographique

le château de Montbard

D' Emmanuel LABORIER, archéologue Inrap Bourgogne-Franche-Comté

Montbard, de la butte témoin calcaire au Parc Buffon du XVIIIe siècle, en passant par le château médiéval des ducs de Bourgogne

Lecture critique de l’iconographie liée au château

La première représentation figurée connue du  château  de  Montbard  apparait  sur  un  dessin  daté  de  1609  et  réalisé  par Joachim Duviert (1580 ? -1648).


Il s’agit de la représentation de l’ensemble de la ville de Montbard, vue depuis le Nord-Est. Sur la gauche, se distingue le grand faubourg, séparé par la rivière du bourg qui s’élève vers le château, lui-même installé sur la  hauteur  et  nettement  séparé  de  la  ville.  Cette  vue  permet  de  retrouver les différentes parties constituant le château. A l’extrémité du site, on identifie la tour de l’Aubespin séparée par une portion de muraille du cœur de la forteresse fortement bâtie.
Après une nouvelle section de mur sur lequel semble s’accrocher l’enceinte du bourg, on trouve quelques bâtiments associés à une église correspondant à Saint-Urse. L’ensemble se prolonge encore par de nouveaux murs et quelques rares bâtiments figurant probablement le « bayle » et les portes extérieures du château.

Ce document à la plume, qui porte pour titre « La ville de Montbart, 1609 » fait partie d’un ensemble de dessins de villes réalisés par Duviert, actuellement conservés au cabinet des estampes de la Bibliothèque Nationale. Ce dessin a été publié par Ernest Petit dans le volume 4 de son : Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, avec des documents inédits et des pièces justificatives,
en 9 volumes, imprimés entre 1885-1905.

Il semblerait que Duviert ait réalisé ses dessins au cours de voyages. Il s’agit donc d’une représentation d’après nature. Son intérêt pour les villes et leurs fortifications a même fait dire que son activité pouvait s’apparenter à une forme d’espionnage militaire.
Il est vrai que la topographie et l’organisation des principaux bâtiments de la ville (églises, château, enceinte) sont particulièrement bien représentées. Par contre la figuration des habitations parait plus schématique.

 

 

Dessin de Joachim Duviert, "La ville de Montbart, 1609 / Musée Buffon

La deuxième représentation connue de Montbard se décompose en deux gravures d’Israël Silvestre (1621-1691). Il s’agit d’une part de « Veuë de la ville de Montbar en Bourgogne » représentant une partie de la ville, l’entrée du château et l’église Saint-Urse, vues de l’ouest et d’autre part de « Montbar » montrant la moitié Nord du château vu de l’Est. A l’origine, ces deux gravures appartenaient
à une suite de douze pièces titrées « Divers paysages sur le naturel de la Duché de Bourgogne, faits par Israël Silvestre.1650. Avec privilège du Roy. ». Israël Silvestre est à la fois un dessinateur et un graveur qui voyage beaucoup en France mais aussi en Italie
et en Angleterre. Formé par son oncle Israël Henriet, il est très productif et deviendra dessinateur et graveur du roi Louis XIV.

Gravure d'Israël Silvestre vers 1650 / Musée Buffon

Gravure d'Israël Silvestre vers 1650 / Musée Buffon

Ces deux vues de Montbard vont connaitre une diffusion à travers des ouvrages imprimés qui réutilisent le travail de Silvestre. Dès 1656, Caspar Mérian les fait figurer dans le quatrième volume de sa « Topographiae Galliae: sive descriptiones et deli- neationis famosissimorum locorum in potentissimo regno Galliae pars IIII : Burgundiae et provinciarum Bresse, Nivernois et Dombes, principaliora et notiora oppida ac loca continens, », publiée à Francfort. Dans le texte sur Montbard qui les accompagne, il est question d’Israël Sylvestre. On retrouve donc la vue du « Chasteau de Montbar en Bourgogne » et celle de « Montbar ».

Concernant Montbard, on remarque que l’orientation (Nord-Sud) du château est inversée par rapport à la réalité. Cette erreur est à mettre en relation avec la technique utilisée de la gravure sur cuivre qui nécessitait une inversion du motif pour obtenir un tirage bien orienté, ce qui visiblement n’a pas été le cas pour le château de Montbard.

Mais une nouvelle édition reprenant ces deux vues intervient dès 1666 dans un ouvrage imprimé à Anvers par Michiel Cnobbaert et intitulé « Fransche Merkurius, of bondige beschrijving van geheelVrankrijk, en desselfs landtschappen, steden, kastelen, en gedenkwaardigste plaatzen ». Cette fois les gravures sont en parties modifiées. La vue du château est recoupée dans la hauteur et porte un titre en hollandais « Het slot van Montbar In Burgondien ». Elle se trouve en dessous d’une vue de l’église de l’abbaye de Flavigny qui faisait partie de la série originale de Silvestre.

 

Gravure de Caspar Mérian, 1656 / Musée Buffon

La vue de la ville a gardé son titre de « Montbar », mais a été visiblement gravée à nouveau. En plus du manque de détail dans la représentation des constructions, le premier plan a été modifié, un arbuste a été ajouté, près de l’angle inférieur droit.
Pour le château, il est difficile de savoir si ces différentes éditions réutilisent le cuivre d’origine ou si chaque retirage a nécessité
a fabrication d’un nouveau support. Dans tous les cas l’orientation du monument n’a pas été rectifiée.

Les autres représentations connues de Montbard avant Buffon, ne correspondent pas à des œuvres originales ou bien documentées.

 

Il existe une autre gravure représentant le château, très proche de celle d’Israël Silvestre avec une différence notoire dans la représentation du couronnement de la tour de l’Aubespin. Sur ce document les gargouilles de la terrasse supérieure de la tour correspondent à celles encore visibles aujourd’hui. Ces détails architecturaux n’apparaissent pas sur les représentations précédentes. Si la date exacte d’édition et la source de ce document ne sont pas connues, la légende « Vue du château de Montbard lorsque Buffon en devint propriétaire » conduit à le dater au plus tôt à partir du XVIIIe siècle, sans plus de précision.

En 1881, dans son édition des Mémoires pour servir à l’histoire de la ville de Montbard d’après le manuscrit inédit de Jean Nadault, Henri Nadault de Buffon publie un dessin représentant Montbard en 1642 d’après une peinture du temps, disparue.
Cette image semble extrapoler des éléments plus discrètement figurés sur les gravures anciennes.
Ainsi, les arcs joignant les contreforts des salles souterraines deviennent une porte desservie par un chemin reliant le bourg et le château. D’une manière générale cette représentation manque de précision concernant le château.

 

Montbard e 1642, dessin de M. Nadault de Buffon, d'après une peinture du temps

Dans le même ouvrage de Nadault, on trouve, une illustration qui a pour titre : « Le vray pourtraict du chasteau de Montbar en Bourgogne au 15e siècle ». Sous ce titre en ancien français, se cache une restitution imaginée au XIXe siècle, bien après la démolition du château. Le choix d’une vue en plongée montre une sorte d’éclaté du site qui ne respecte pas la réalité du plan topographique.
Le tracé de la muraille n’est pas respecté. De même l’emplacement des bâtiments au milieu d’une sorte de cour ne tient pas compte des réalités des vestiges, pourtant encore visibles après la création du parc. On retrouve également l’erreur de la figure précédente avec la représentation d’une porte au pied de la chapelle Saint-Louis. Ce dessin est même en contradiction avec le texte écrit au XVIIIe siècle au moment de la démolition du château. Ainsi, la cour basse à l’extrémité Nord en avant de la tour de l’Aubespin est clairement présentée dans le texte mais n’est pas restituée dans le dessin. Dans la liste des éléments manquants, on peut aussi noter l’absence du fossé intérieur et du pont-levis.

 

A côté de cette vraie fausse vue médiévale du château, le XIXe siècle va multiplier les illustrations reprenant les gravures du XVIIe siècle pour évoquer le château disparu. Dans le même temps, vont apparaître des représentations du Parc Buffon, où seule la tour de l’Aubespin évoque encore le château médiéval.

Ouvrages

 

ROGER J., 1989, Buffon, Fayard

SCHMITT S., CREMIERE, Œuvres complètes, Honoré Champion

LAISSUS Y., 2007, Buffon, la nature en majesté, Découvertes Gallimard

Les oiseaux de Buffon et Martinet, 2007, Citadelles et Mazenod

Buffon, œuvres, 2007, La Pléiade

 

Site internet

www.buffon.cnrs.fr

 

 

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