Georges-Louis Leclerc, les premières années

 

Fils de Benjamin-François Leclerc et Anne-Christine Marlin, Georges-Louis Leclerc naît à Montbard le 7 septembre 1707.

 

La famille Leclerc change de statut lorsqu'en 1714, Anne-Christine Marlin hérite de son oncle Georges Blaisot, maître à la chambre des comptes de Chambéry. Benjamin-François acquiert alors la terre de Buffon, un petit village à quelques kilomètres au Nord de Montbard ainsi que les droits seigneuriaux de la châtellenie de Montbard Puis, en 1720, la charge de « Conseiller au Parlement de Bourgogne ». La famille Leclerc quitte ensuite Montbard pour Dijon.

 

 

 

 

Le jeune Georges-Louis y fréquente le collège des Godrans puis, à partir de 1723,
a Faculté de Droit. Il en sort en 1726 et décide d'abandonner cette voie pour se consacrer aux sciences. On sait par sa correspondance qu'à partir de 1727 il soumet ses questionnements à plusieurs grands scientifiques contemporains qui joueront
un rôle important dans sa progression au sein de l’Académie des Sciences. En 1728,
il part pour Angers, herborise et suit quelques cours à la Faculté de médecine.

 

A partir de novembre 1730, Buffon entame un long périple à travers la France avec le duc de Kingston. Il rentre à Dijon en juillet 1731 pour assister aux derniers instants de sa mère, Anne-Christine Marlin.

 

Georges-Louis, qui signe désormais « Leclerc de Buffon » quitte la Bourgogne pour Paris en juillet 1732, où il loge chez Gilles-François Boulduc, premier apothicaire du roi, professeur au Jardin du Roi et membre de l’Académie royale des sciences.

 

 

Portrait de Buffon par François-Hubert Drouais, 1763

 

1733. De la réflexion à la pratique. Le rattachement de Buffon à la Marine

 

En 1733, Buffon hérite de la gestion des biens de son grand-père. Grâce à cela, il va pouvoir répondre à la mission secrète que lui a confié quelques mois plus tôt le comte de Maurepas, secrétaire de la Maison du Roi et du département de la Marine, ministre de tutelle de l'Académie des Sciences.

 

A cette époque, la flotte française est exsangue. La seule construction d'un vaisseau de haut bord nécessite l'abattage de trois mille chênes centenaires. Faute d’avoir su gérer ses forêts, le royaume de France se trouve confronté une crise forestière profonde, durable et croissante, qui suscite de très vives inquiétudes parmi les autorités.

 

 

Buffon s’attaque ainsi à ses premiers travaux de sylviculture. Il sème des graines dans différents sols pour déterminer quels terrains conviennent le mieux aux différentes espèces, écorce des arbres sur pied avant de les couper pour voir si ce procédé augmente la solidité du bois… et observe les résultats dans ses forêts. En un mot, Buffon expérimente, ce qu'il ne cessera de faire toute sa vie car
« la seule et vraie science est la connaissance des faits. ».

 

 

La reconnaissance

 

Le naturaliste, secrètement soutenu par le ministre Maurepas, bénéficie aussi du soutien de ses pairs : le 25 avril 1733, le mathématicien Clairaut présente à ses confrères académiciens un mémoire que Buffon a écrit sur le « jeu du Franc-carreau », première reconnaissance officielle autour des calculs de probabilité. Le 28 décembre 1733, Buffon est nommé adjoint-mécanicien, c'est-à-dire un mathématicien spécialisé en physique mathématique.

 

 

Une vie entre Paris et Montbard

 

A partir de février 1733, le naturaliste quitte sa demeure paternelle de Dijon pour Montbard, où il réside dans la maison de son
grand-père qui n’a cependant pas encore l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Buffon, sur le modèle des hôtels particuliers parisiens, ne cessera d’embellir l’édifice en achetant tout au long du XVIIIe siècle nombre de petits bâtiments situés à proximité
de sa propriété pour l’agrandir progressivement.

 

L’hôtel de Buffon est en tous cas suffisamment habitable et prestigieux pour qu’entre novembre et décembre 1741, on le juge digne d’y loger l’ambassadeur de Turquie, qui, se rendant à la cour de France, passe par Montbard.

 

 

Le tournant de 1739 : Buffon, Intendant du Jardin du Roi

 

Toujours adjoint mécanicien à l'Académie, il manque à Buffon l'occasion de s'affirmer dans une situation importante. Au printemps 1739, sa carrière prend soudain une tournure nouvelle. Il est transféré dans la section botanique. Le 16 juillet 1739, Charles de Cisternay du Fay, Intendant du Jardin du Roi, meurt de la petite vérole. La candidature de Buffon est présentée au Roi le 25 juillet,
et le lendemain, Buffon est nommé. A 32 ans il obtient l'une des plus hautes situations scientifiques de la France de Louis XV. Beaucoup d'académiciens sont scandalisés. Le succès de Buffon est attribué à la seule faveur du ministre Maurepas.

 

A la lumière de ce que l’on sait désormais sur son engagement auprès de la Marine, cette progression fulgurante paraît plus cohérente. Missionné par Maurepas, Buffon commence sans doute par mettre ses compétences mathématiques au service de la Marine sous forme de calculs bruts. Ce n’est qu’une fois rentrée en possession de son héritage et de ses terres qu’il se lance alors dans l’expérimentation, en complément des recherches de Duhamel du Montceau sur la torsion des bois destinés à la construction navale. Grand connaisseur de la langue anglaise, Buffon se lancera également dès 1734 dans la traduction française de Hales sur la Statique des végétaux.

 

 

Le Jardin du Roy

 

Le « Jardin royal des Herbes Médicinales », devenu en 1793 Muséum national d'histoire naturelle est, après le Collège royal (Collège de France), la plus ancienne institution scientifique créée par la monarchie (en 1635 par Richelieu). L’édit de création précise : « (…) voulons que dans le cabinet de ladite maison il soit gardé un échantillon de toutes les drogues tant simples que composées, ensemble toutes choses rares en nature qui s'y rencontreront ». Ainsi est créé le « Cabinet du Roi ».

 

La direction du Jardin du Roi ne détourne que très progressivement Buffon de ses activités académiques. Il écrit à cette époque son fameux mémoire sur le « miroir ardent ». On se souvient de l'histoire d'Archimède incendiant les vaisseaux romains qui attaquaient Syracuse grâce à des miroirs concaves qui concentraient les rayons du soleil. Buffon réalise des expériences similaires concluantes. Au- delà des problèmes d'optique, Buffon s'intéresse surtout aux rapports entre la lumière et la chaleur.

 

Buffon s’attelle avec vigueur dès son arrivée au Jardin du Roi à la réorganisation et l'enrichissement du Cabinet d'Histoire Naturelle. En 1745, il nomme Louis-Jean-Marie Daubenton, le frère de Pierre, « Garde et démonstrateur du Cabinet d’Histoire Naturelle ».
C’est à lui qu’incombera de mettre de l’ordre dans les collections.

 

Buffon développe également son réseau en créant un brevet de « Correspondant du Jardin du Roi », titre honorifique qu’il ne distribue qu’à bon escient mais qui incite les voyageurs à récolter et envoyer les spécimens (animaux et plantes) rencontrés lors des grandes expéditions.

 

Comme en témoignent les archives et les commentaires du temps, le naturaliste utilise ses propres crédits pour financer achats et reconstruction du Jardin du Roy. Cette particularité explique que l’on retrouve régulièrement des achats effectués pour Montbard au sein des comptes du Jardin du roi, qu’il s’agisse de graines, plantes ou outillage.

 

En 50 ans de règne, Buffon doublera la superficie du Jardin et en fera l’un des établissements le plus important d’Europe, si ce n'est le premier.

 

La tâche principale de Buffon restera néanmoins l'écriture d'un inventaire des collections du Cabinet du Roi qui prend rapidement la forme d'une œuvre bien plus ambitieuse : l’Histoire Naturelle, générale et particulière. Il lui faudra dix ans de travail avant que les trois premiers volumes paraissent en 1749.

 

 

L'Histoire naturelle, générale et particulière

 

Dans le Journal des Savants de 1749, Buffon annonce son projet au public : une histoire naturelle en quinze volumes, complète, des animaux à l’homme. Il est précisé que l’ouvrage sera fait « suivant les vues et par les ordres de M. le comte de Maurepas ». Concernant sa méthode de travail, les indices sont minces. Des assistants lui préparaient très certainement des résumés d'ouvrages à partir desquels Buffon pouvait construire ses théories qu'il vérifiait de manière expérimentale. Buffon confie également une partie des textes à des co-auteurs : Louis-Jean-Marie Daubenton, Guénaud de Montbeillard, l'abbé Bexon... Buffon, qui avait peur de s'ensevelir sous les papiers, a légué peu de manuscrits préparatoires à l'Histoire naturelle. Les rares documents conservés à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle sont passionnants en ce sens et montrent à la fois les très nombreux allers-retours avec les co-auteurs de l'ouvrage mais aussi les ratures, réécritures et écarts existants entre les documents manuscrits et les textes imprimés.

 

 

Un exemple : Histoire et théorie de la Terre

 

Buffon publie, en 1749 et 1778, deux mémoires, Théorie de la Terre puis Époques de la Nature. Ces textes fondateurs rassemblent et résument toutes les idées qui ont préoccupé, voire obsédé Buffon pendant les vingt dernières années de sa vie. Buffon y décrit des théories expérimentales nouvelles qui reculent l'Age de la Terre à plus de 75 000 ans.

 

Au milieu du XVIIIe siècle, l’âge officiellement admis pour la Terre est de 4004 av. J.-C. Certes, de nombreux savants sont sceptiques. Mais ils n’osent mettre en cause frontalement la chronologie traditionnelle : d’une part, par crainte de la censure ; d’autre part,
parce qu’ils ne voient pas comment proposer une datation alternative sur des bases scientifiques.

 

Buffon part du postulat que la Terre possède une chaleur propre résultant du moment où elle a été arrachée du Soleil
(théorie de 1749 : une comète a heurté obliquement le soleil et en a chassé environ la 650ème partie de la matière).

 

Depuis cet événement, la Terre s’est refroidie. Comment et à quelle vitesse ? Si on pouvait le savoir, on pourrait alors dater la naissance de la Terre.

 

C'est ce qu'il s'attache à faire dans son expérience « sur le progrès de la chaleur ». En fait, il s’agit d’étudier des temps de refroidissement. Son expérience est basée sur des boulets de fer de diamètres différents. Chaque boulet est chauffé à blanc puis porté dans une cave à température constante où l'on mesure le temps de refroidissement. Comme on ne peut utiliser de thermomètres, on a « cherché à saisir deux instants dans le refroidissement, le premier où les boulets cessaient de brûler »,
c’est-à-dire le moment où on peut les toucher et les tenir avec la main pendant une seconde, sans se brûler, le second, celui où le boulet refroidi atteint la température de la cave, ce que l’observateur vérifie en touchant à la fois le boulet refroidi et un boulet témoin qui n’a pas été chauffé. Le but était de vérifier une assertion de Newton : un globe plus gros refroidit proportionnellement plus vite qu’un globe plus petit. La légende locale veut que Buffon employât des femmes à la peau sensible pour faire ces mesures !

 

Dès la fin des premières expériences, il extrapole ses résultats pour calculer « avec Newton combien il faudrait de temps à un globe gros comme la Terre pour se refroidir » et arrive à 74 047 ans qu’il affine à 74 832 ans en prenant en compte que le soleil a continué à chauffer la terre pendant son refroidissement.

 

Dans les manuscrits des Époques de la Nature, Buffon hésite et avance un âge beaucoup plus ancien pour la Terre, jusqu’à 10 millions d’années. Il a préféré s’en tenir à une valeur relativement modeste, peut-être parce qu’il ne pouvait lui-même concevoir des durées aussi longues.

 

Malgré ses erreurs et la faible valeur qu’il retient (rappelons que l’on estime aujourd’hui l’âge de la Terre à 4,5 milliards d’années),
son apport est considérable : non seulement il fait éclater le cadre chronologique traditionnel en multipliant par plus de dix le chiffre donné par les théologiens, mais surtout il montre qu’il est possible d’aborder cette question réputée jusqu’alors inaccessible par une approche physique et expérimentale. Son audace ouvrira la voie à d'autres...

 

 

 

Réception critique des premiers volumes

 

Les trois premiers volumes de l’Histoire Naturelle sont un succès immédiat. Le premier tirage  (imprimé aux frais du Roi) est épuisé en six semaines. Nous ne connaissons pas le nombre exact d’exemplaires publiés au premier tirage. Les historiens l’évaluent entre 500 et 1000. Le succès de l’Histoire Naturelle se maintiendra tout au long de la publication de l’œuvre. Il est l’ouvrage le plus répandu du XVIIIe siècle, devant l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

 

La Sorbonne, c’est-à-dire la Faculté de Théologie de Paris, se devait de s’emparer de ce cas litigieux. Ne pas réagir, c’est s’exposer aux critiques virulentes des jansénistes. Condamner un livre sorti de l’Imprimerie Royale, œuvre d’un haut fonctionnaire, c’est s’exposer au ridicule. Le 12 mars 1751, Buffon affirme ainsi dans un courrier à la Faculté, n’avoir présenté ses théories « que comme une pure supposition philosophique » et s’engage à publier sa correspondance avec la Sorbonne dans les prochains volumes. Cet acte servira ainsi pendant près de 30 ans de sauf-conduit et de protection contre toute accusation officielle d’irréligion. Trente ans pendant lesquels Buffon ne cessera de republier les textes incriminés sans y changer un mot !

 

 

 

 

 

Louis Jean-Marie Daubenton (1716-1799)

 

Né à Montbard le 29 mai 1716, Louis Jean-Marie Daubenton étudie dans un premier temps la théologie à la Sorbonne. Il y développe parallèlement un fort intérêt pour la médecine, complète sa formation à Reims avant de s’installer en 1741 à Montbard
en tant que médecin.

 

Buffon le fait venir à Paris en 1742 avant de le charger officiellement en 1745 de la charge
de « Garde et démonstrateur du cabinet du Roi ». Dans ce domaine, Daubenton laissera un grand nombre de traités liés à la conservation des spécimens.

 

Il est probable que Buffon envisage  assez vite d’associer Daubenton à son entreprise principale qui sera l’écriture de l’Histoire Naturelle, générale et particulière.

 

Principal collaborateur de Buffon, Daubenton est annoncé comme

co-auteur de l’Histoire naturelle pour les quinze premiers volumes. On estime que les parties rédigées par ce dernier sont équivalentes à celles de Buffon. Daubenton est un anatomiste chevronné qui se charge principalement des descriptions anatomiques et des dissections.
Ses observations lui permettront de poser les bases de la théorie de l’anatomie comparée dont il fera une démonstration célèbre autour d’un présumé os de géant - en réalité, un os de girafe.

 

Dans le domaine de l'élevage, son nom est associé à la création d'une race mérinos française. On distingue bien sur l’atlas de 1759-1780, à quelques encablures seulement de la pépinière de son frère Pierre Daubenton, la ferme de Courtangy qu'il établit, en 1766, pour y créer sa bergerie d'essai. Ce sont ces mérinos qui permettront au Royaume de France de venir concurrencer les espagnols dans le commerce florissant de la laine. On dit par ailleurs que son « Instruction pour les bergers » publiée en 1784 lui aurait servi de sauf-conduit pendant la Révolution, prouvant son attachement au peuple.

 

Louis Jean Marie Daubenton sera enfin, après la Révolution, le tout premier directeur du Muséum national d'histoire naturelle.
Il meurt à Paris dans la nuit du 31 décembre 1799. Il est enterré dans le labyrinthe du Jardin des Plantes.

 

Contrairement à Buffon, Daubenton ne restera pas uniquement attaché à l'Histoire naturelle. Il est l’un des contributeurs les plus importants de l’Encyclopédie : près de 900 articles portent sa signature – en particulier pour la botanique - sans compter tous ceux, anonymes, qui peuvent lui être attribués et même si plusieurs générations de Daubenton semblent avoir participer à l'aventure éditoriale. On pense que c’est d’ailleurs Buffon qui pousse les frères Daubenton à s'associer à cette entreprise pour satisfaire Diderot qui sollicite sa propre participation.

 

Buffon intime – les années 1750

 

Le 22 septembre 1752, Buffon épouse à 45 ans Marie-Françoise de Saint-Belin-Malain qui a tout juste 20 ans. Elle est pensionnaire au couvent des Ursulines de Montbard, dont la mère supérieure, mère Saint-Paul, est la sœur de Buffon. En 1764 naît Georges-Louis Marie, qu’on surnommera bientôt Buffonet.

 

Buffon est admis en 1753 à l’Académie Française. Il y prononce son célèbre Discours sur le style : « … le style est l’homme même. »

 

Buffon entrepreneur, 1767

 

En 1767, Buffon se lance dans une nouvelle entreprise, la construction d’une forge au village de Buffon. A l’origine, il y a la curiosité scientifique pour les problèmes de la chaleur, de sa propagation et du refroidissement, mais aussi la recherche de solutions pour remplacer les lourds et coûteux canons de bronze de la Marine. Cette forge est un des plus beaux monuments de l’architecture industrielle du XVIIIe siècle. L’entreprise occupa jusqu’à 400 ouvriers. Elle produisait jusqu’à 450 tonnes de fonte par an. La construction des Forges arrive néanmoins à un moment où la métallurgie allait subir une transformation profonde, et où le bois allait être remplacé par le coke. Buffon s’en aperçut, mais trop tard.

 

Le comte de Buffon

 

En 1771, Buffon tombe malade. S’il a demandé au roi la survivance de la charge d’Intendant du jardin du Roi pour son fils, Georges-Louis-Marie, celui-ci est trop jeune (7 ans alors) et ne pourra lui succéder avant ses 25 ans. Buffon doit donc se résoudre à ce que le comte d’Angivillers assure la succession jusqu’à la grande majorité de son fils. Au delà de toutes espérances, Buffon se remet de sa maladie. Pour le récompenser de son obéissance, le roi, par lettres patentes, porte « érection de la terre de Buffon en comté » en 1772.

 

Louis XV fait plus qu’anoblir Buffon. Pour honorer le nouveau comte, Il décide de lui offrir sur sa cassette personnelle sa statue en pied. D’Angivillers la commande à Pajou, qui en fait une première maquette en terre cuite. Finalement, la statue, haute de près de trois mètres, est achevée en 1776 et placée au Jardin. Elle se trouve aujourd'hui exposée dans l'un des escaliers d'honneur de la Grande Galerie de l’Évolution. C’est une statue à l’antique, où le naturaliste, à demi-nu et à demi-drapé, semble écrire les lois de la Nature sur des tables de marbre.
Sur son socle, qui contenait jusqu'en 2014 le cervelet du naturaliste, est écrit: Majestati Naturae par Ingenium, « Un génie égal à la majesté de la Nature ».

 

 

 

 

L’Histoire Naturelle des oiseaux, 1770 : la nature en couleur

 

A la fin de l’Histoire Naturelle des quadrupèdes, Buffon s'est déjà attelé à la rédaction de l'Histoire naturelle des Oiseaux qui va constituer une étape décisive dans l'histoire de l'ornithologie et de l'illustration scientifique.

 

Les estampes aquarellées de l'Histoire naturelle des Oiseaux

Devant l'ampleur que nécessiterait la description des multiples nuances qui caractérisent chaque oiseau (spécimen mâle, femelle, juvénile), Buffon décide d'accorder encore plus de place et d'importance aux illustrations. Il confie leur réalisation au bien-nommé François-Nicolas Martinet (1731-1800). Ingénieur de formation, Martinet est nommé en 1756 graveur au Cabinet du Roi. Il est réputé pour le réalisme de ses composition et a déjà participé à l'Encyclopédie de Diderot. Au total, ce sont 1008 planches en couleurs, dessinées et gravées, et représentant 1239 espèces ornithologiques, qui sont éditées : 973 représentent des oiseaux et, curieusement, 35 représentent des insectes, amphibiens ou coraux.

Buffon lui-même considère que « la collection de nos planches coloriées l’emportera sur toutes les autres par le nombre des espèces, par la fidélité des dessins, qui tous ont été faits d’après nature, par la vérité du coloris, par la précision des attitudes ; on verra que nous n’avons rien négligé pour que chaque portrait donnât l’idée nette et distincte de son original ».

Martinet va en effet bénéficier des collections du Cabinet du Roi et utiliser des oiseaux morts dont les viscères ont simplement été remplacées par de la paille. Martinet travaille donc avec un matériau auquel ses prédécesseurs n'ont jamais eu accès.

Ces estampes aquarellées sont réservées à une publication de luxe. L'édition « courante » au format in-4 sera intégrée à l'Histoire naturelle (volumes 16-24) et les gravures en noir et blanc, au nombre de 262, sont réalisées par l'autre grand illustrateur de l'Histoire naturelle, Jacques de Sève (17??-1788).

Martinet a opté à chaque fois pour une composition simple : généralement un seul oiseau est représenté par page, peint sur le sol ou perché sur une branche. Un liseré jaune encadre chaque planche, mettant sobrement en valeur le sujet représenté.

 

On sait que cette entreprise a dû occuper près de 80 ouvriers pendant près de dix ans. Afin de s'assurer de l'homogénéité des couleurs entre les différents multiples – on pense que ces planches ont été tirées à 600 exemplaires, ce qui représente au final près d'une demi million d'estampes – l'atelier était supervisé par « Daubenton le jeune » qui veillait au processus de colorisation. Ces chefs-d’œuvre de l'illustration naturaliste, rapidement vendus à l'unité conservent également de nos jours toute leur valeur scientifique puisqu'y figurent des espèces disparues depuis, ce qui en fait un document précieux pour les ornithologues actuels.

 

Buffon meurt le 16 avril 1788 à Paris. Il est inhumé dans la chapelle de l’Église Saint-Urse de Montbard le 20 avril. Buffon avait confié au conte de Lacépède le soin de rédiger l’Histoire des quadrupèdes ovipares et des serpents en lui remettant les notes accumulées à ce sujet. Le premier volume paraît au début de 1788, avant la mort de Buffon. Après sa mort, Lacépède se chargera, contre la volonté du défunt semble-t-il, de publier le dernier volume des Suppléments à l’Histoire Naturelle en 1789. Il écrira par la suite une Histoire des poissons et une Histoire des cétacés, qui sont considérés comme la suite de l’Histoire Naturelle. Lacépède se montrera toujours très soucieux de défendre la mémoire de Buffon. A sa mort, ses derniers mots seront pour son maître : « Je vais rejoindre Buffon ».

 

15 volumes de l’Histoire naturelle sont annoncés en 1749 par le Journal des Savants. 36, sous la direction de Buffon, seront édités. Son étude nous révèle encore aujourd’hui la puissance de travail et des théories qui ont pour certaines tracé la voie aux sciences naturelles modernes.

 

 

Ouvrages

 

ROGER J., 1989, Buffon, Fayard

SCHMITT S., CREMIERE, Œuvres complètes, Honoré Champion

LAISSUS Y., 2007, Buffon, la nature en majesté, Découvertes Gallimard

Les oiseaux de Buffon et Martinet, 2007, Citadelles et Mazenod

Buffon, œuvres, 2007, La Pléiade

 

Site internet

www.buffon.cnrs.fr

 

 

Cardinal dominicain huppé, estampe aquarellée de François-Nicolas Martinet

Musée Buffon

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